Pour son anniversaire, le Cirad a exploré des pistes face aux défis du changement climatique et des inégalités croissantes lors d’une conférence à Paris.
Le Cirad a célébré ses 40 ans à l’auditorium du Monde, à Paris, le 25 novembre 2024, et a proposé à cette occasion une conférence dédiée à un enjeu majeur : comment nourrir 10 milliards d’humains sans détruire la planète ? Grand témoin de l’événement, Érik Orsenna a insisté sur le rôle crucial de l’eau. « C’est à l’échelle des bassins qu’il faut régler les problèmes », a-t-il souligné, citant le fleuve Sénégal, géré comme un bien commun entre plusieurs pays, avant d’avertir : « Avec le changement climatique, les écarts entre les régions du monde vont continuer à se creuser. »
Un débat scientifique a ensuite exploré la disponibilité alimentaire mondiale. Contrairement à ce que qu’on pourrait spontanément penser, il ne s’agit pas simplement d’augmenter les rendements et les volumes pour suivre la démographie. « Dès aujourd’hui, la production mondiale suffirait à nourrir la planète. Il n’y a pas foncièrement de pénurie, mais plutôt un problème d’accès », a précisé Sébastien Treyer, directeur général de l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales). Les populations ne sont pas nourries correctement au regard des enjeux de stabilité géopolitique et des diversités alimentaires et nutritionnelles.
Une équation complexe
« Cette responsabilité ne doit pas reposer uniquement sur les agriculteurs. C’est tout l’écosystème alimentaire, des fournisseurs d’intrants aux sandwicheries, qui doit agir », a ajouté Akito Suwa-Eisenman, chercheuse à l’Inrae et experte pour l’Onu. La croissance démographique, le changement climatique et la rareté des ressources posent une équation complexe. « Il ne suffit pas de produire plus. Il faut réduire la consommation de protéines animales dans les pays industrialisés, où deux tiers des protéines végétales produites servent encore à nourrir les animaux. » Les intervenants ont plaidé pour un changement de paradigme.
« Le système actuel repose sur la massification et l’économie d’échelle. À l’inverse, pour gagner en résilience, il faut raisonner diversification », a affirmé Sébastien Treyer. Une transition indispensable pour conjuguer santé publique, biodiversité et équité. Pour autant, les agriculteurs sont parfois réticents. « Beaucoup hésitent à changer leurs pratiques par crainte de pertes de rendement. Cela nécessite de les accompagner », a évoqué Éric Malezieux, chercheur au Cirad.
La conférence s’est conclue par trois témoignages d’initiatives locales, au Pérou, à Madagascar et au Bénin. Myriam Mackiewicz-Houngue, d’AVSF (Agronomes et vétérinaires sans frontières), a partagé l’exemple du marché paysan de Cuzco, qui fédère 6 000 membres, dont 1 500 vendeurs, majoritairement des femmes. « 80 % de la population péruvienne vit en ville. Ce grand marché donne accès à une agriculture paysanne pour 25 000 consommateurs urbains. La sécurisation de leurs ventes a permis aux paysans d’investir dans des pratiques agroécologiques. Cela donne aussi de la visibilité et de la reconnaissance aux producteurs des hautes terres », s’est-elle réjouie.