L’Aneefel a proposé à ses adhérents de réfléchir à l’adaptation de leur offre pour demain, dans un contexte de mutation de la consommation et de baisse de pouvoir d’achat.
Le 20 mars, les expéditeurs de fruits et légumes se sont réunis pour leur assemblée générale annuelle à Paimpol, dans les Côtes-d’Armor. Au-delà des traditionnels points statutaires, les professionnels ont profité de ce moment pour questionner les enjeux pour l’amont comme pour l’aval de la filière fruits et légumes, dans un contexte économique et réglementaire sans cesse en évolution. « Nous partageons collectivement le constat que le panier moyen de fruits et légumes a perdu 10 % en volume ces trois dernières années, mais nos entreprises manquent de visibilité », a souligné Bernard Gérin, président de l’Aneefel (Association nationale des expéditeurs et exportateurs de fruits et légumes), en introduction.
Après une analyse des tendances démographique et de leurs impacts sur la consommation, présentée par le consultant Philippe Goetzmann, et un point sur l’adoption du nouveau règlement européen sur les emballages et les déchets d’emballages (ou PPWR) début 2025, les participants ont débattu des leviers possibles pour adapter l’offre à l’évolution des demandes consommateurs, tout en se conformant aux nouvelles exigences sur les emballages.
« La PPWR, applicable à tous les secteurs et à tous emballages, prévoit des dispositions pour la conception des emballages, notamment leur recyclabilité, qui devra être communiquée auprès des consommateurs finaux », a rappelé Nathalie Fussler, directrice environnement à la CGF (Confédération des grossistes de France). Elle modifie également les règles de la responsabilité élargie du producteur, puisque l’écocontribution sera due par le premier opérateur qui met sur le marché les emballages en France.
Paradoxes et défis
Il sera donc nécessaire de tracer l’origine et la destination, mais aussi la composition et le poids de tous les emballages qui transitent dans les entrepôts. « Malgré toute la vertu pédagogique de cette loi, la complexité pour les opérateurs est indéniable », a pointé Guy-Bernard Cordier, responsable du développement commercial du groupe Le Saint.
Des perspectives à court et moyen terme qui n’ont pas manqué de faire réagir la cinquantaine d’expéditeurs présents dans la salle, pointant les paradoxes et les défis auxquels ils sont confrontés. Comment répondre aux besoins spécifiques de monofoyers toujours plus nombreux (37 % des ménages français en 2024), tandis que l’usage des emballages individuels est de plus en plus contraint ? Comment redynamiser les achats de fruits et légumes frais alors que la tendance est à l’externalisation de la préparation des plats ? Comment s’adresser à la fois aux ménages à fort et à faible pouvoir d’achat, puisque la fragmentation est de plus en plus marquée, alors que la grande distribution s’est construite sur le modèle du milieu de gamme ?
« Les expéditeurs sont conscients des enjeux. Nous n’avons pas toutes les réponses, mais en professionnels passionnés, nous restons enthousiastes et confiants sur notre capacité à nous adapter », a conclu Bernard Gérin. « Le budget alimentaire global – estimé à 300 milliards d’euros en France – étant bloqué, il va falloir prendre des parts de marché à d’autres filières et reconquérir le marché intérieur, face à des importations de plus en plus présentes », a suggéré Philippe Goetzmann.