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Ce que dit (et ne dit pas !) le rapport de Générations Futures

à la une, Consommation, Filière, Organisation, Politique, Production, Recherche & développement, Suite articles abonnés — Par le 26 février 2018 8 h 00 min

« Le principe était de compiler les données publiques de la DGCCRF, pour obtenir une moyenne sur cinq ans plus représentative que les données annuelles, et de rendre plus lisible ces résultats pour le grand public », précise François Veillerette, directeur et porte-parole de l’ONG. © Photo xdr

Le rapport pesticides de Générations Futures présente des chiffres sans nuance et qui ne concernent qu’en minorité la production française. L’ONG défend sa cause, c’est légitime. Ce qui l’est moins, c’est qu’au passage elle discrédite encore une fois le travail de la filière française. Décryptage.

Générations Futures, l’ONG militant pour l’interdiction des pesticides, a présenté à la presse le 20 février un rapport intitulé « État des lieux des résidus de pesticides dans les fruits et les légumes en France ». Cette compilation des données publiques est surtout brandie pour attirer les médias, entretenir peur et confusion, quitte à stigmatiser la filière F&L française. Dommage, car une analyse rigoureuse des résultats pourrait être constructive pour tous, écologistes, consommateurs et professionnels.

Ce que contient le rapport

« Le principe était de compiler les données publiques de la DGCCRF, pour obtenir une moyenne sur cinq ans plus représentative que les données annuelles, et de rendre plus lisible ces résultats pour le grand public », précise François Veillerette, directeur et porte-parole de l’ONG. A partir des résultats des plans de surveillance des résidus de pesticides menés par la DGCCRF entre 2012 et 2016, l’ONG a calculé deux indicateurs : le pourcentage d’échantillons contenant des résidus en quantité supérieure à la limite quantifiable (LQ), et le pourcentage d’échantillons où la limite maximale de résidu (LMR) a été dépassée. Ces indicateurs sont détaillés espèce par espèce pour 19 fruits et 33 légumes, sur 35 pages.

Les moyennes d’ensemble indiquent que 72,6 % des échantillons de fruits présentent des résidus quantifiables, et seulement 41,1 % de ceux de légumes. Rappelons que l’on parle ici de doses infinitésimales en totale conformité avec la réglementation européenne. En ce qui concerne les cas de dépassement de la LMR, ils concernent 2,7 % des échantillons de fruits et 3,5 % de ceux de légumes, ce qui est particulièrement faible. Les espèces les plus souvent contrôlées au-delà de la LMR sont les cerises, mangues/papayes, oranges et kiwi côté fruits, et les herbes fraîches, céleri branche, blettes et navets côté légumes. Le rapport est disponible en ligne sur le site de Générations Futures : https://www.generations-futures.fr/publications/residus-pesticides/

De quels fruits et légumes parle-t-on ?

Les chiffres évoqués ne distinguent pas la production française des autres origines. Ils concernent les F&L vendus en France, fruits exotiques inclus. Or la France importe plus de fruits que ce qu’elle en produit (3,3 Mt contre 2,9 Mt en 2015). On estime qu’au moins 2 fruits sur 3 consommés en France sont d’origine étrangère. De même, avec 1,8 Mt de légumes importés en France, la consommation nationale est en grande partie alimentée par les productions espagnoles, belges, marocaines, etc.

Or il est établi que la production française, soumise à une réglementation extrêmement stricte en matière d’usage des pesticides, est celle qui présente les meilleurs résultats de résidus. Pourquoi alors publier un rapport qui mélange toutes les origines ? Interrogé sur ce point, François Veillerette confirme « qu’il est connu qu’il y a plus de problèmes de résidus dans les origines étrangères », mais précise qu’ils n’ont « pas pu faire la distinction par manque de données de la DGCCRF ».

Dommage que l’ONG n’ait pas donné plus de précisions dans sa communication pour éviter les confusions d’interprétation. Les médias et le grand public ont naturellement attribué les chiffres cités à la production française. Et la presse étrangère a explicitement fait l’amalgame, comme en témoigne le titre du quotidien belge Le Soir : « Les fruits et légumes français sont-ils dangereux à la consommation ? » (article du 20/02).

Ce qu’en conclut Générations Futures : « danger »

Le message que souhaitait faire passer l’ONG est en définitive simple, voire simpliste. François Veillerette le résume devant les télévisions nationales, arrivées en fin de conférence de presse : « Il y a des résidus de pesticides dans les F&L consommés en France. Les courbes sont stables depuis cinq ans, nous souhaitons qu’elles diminuent. Et nous demandons pour cela le soutien aux modes de production biologiques et intégrés, la transparence totale sur les pesticides utilisées de la production à la commercialisation par un affichage complet. »

Oui, mais ces chiffres sont à 97 % conformes à la législation européenne. « N’est-elle pas suffisamment protectrice ? » demande une journaliste. Pour François Veillerette, « le principe de LMR ne protège pas assez le consommateur, soumis à l’effet cocktail, à l’accumulation dans le temps. Et, pour les perturbateurs endocriniens, Générations Futures pense que ce n’est pas la dose qui compte, mais uniquement la présence de la molécule ».

Ce qu’en disent les spécialistes : « plus de bénéfices que de risques ! »

Consommer des F&L en France est-il dangereux pour notre santé ? « La présence de résidus de pesticides n’est pas inquiétante en soi pour la santé puisqu’ils font l’objet d’une réglementation », assure Jean-Pierre Cravedi, toxicologue et directeur de recherches à l’Inra, interrogé par Le Monde. Et en ce qui concerne les dépassements de LMR ? « Il y a un risque en cas de consommation régulière ou systématique d’un fruit ou d’un légume qui dépasse la LMR pour le même pesticide, ce qui est peu probable. »

« Les études montrent que les bienfaits des F&L pour la santé sont largement supérieurs aux risques inhérents aux résidus de pesticides, cela fait consensus mondial », soulignait Serge Hercberg, épidémiologiste à la faculté de Médecine Paris XIII – Inserm et président du PNNS, lors d’une conférence de l’Aprifel le 30 novembre 2017. Même François Veillerette, interrogé sur ce point, convient « qu’il faut continuer de consommer des F&L, que c’est bon pour la santé, mais qu’il veut le beurre et l’argent du beurre, les vitamines sans les pesticides ! »

Le point sur la démarche Zéro Résidu de Pesticides

L’ONG explicite sa défiance vis-à-vis des récentes démarches « Zéro Résidus de Pesticides », avançant quatre arguments : « Nous n’avons pas eu accès au cahier des charges ; l’usage de pesticides est autorisé pendant le cycle de production ; la promesse affichée sur le logo n’est pas claire puisque ce n’est pas « zéro » résidu garanti, mais bien « en dessous des limites quantifiables » ; et enfin, cette démarche autorise la culture en serre hors-sol, or nous défendons le lien à la terre. »

François Veillerette ajoute : « Nous préférons des démarches publiques, transparentes, comprenant l’ensemble du système de production, comme le bio ou le label HVE 3. » Cela tombe bien : la reconnaissance HVE 3 est la prochaine étape visée par la démarche Vergers Ecoresponsables qui représente deux tiers de la production de pommes françaises.

Instrumentalisation triste et irrespectueuse des F&L

« Pourquoi avoir ciblé l’étude sur les F&L ? » demande une journaliste. « Parce que les données existent, on est allés au plus simple », répond spontanément François Veillerette. « Et parce que ça parle plus aux consommateurs que le blé. » Une bonne opération de communication à moindre frais, donc, à trois jours de l’ouverture du SIA. L’ONG défend sa cause, c’est légitime. Ce qui l’est moins c’est qu’au passage l’image de la production française est largement écornée, sur la base de chiffres qui ne la concernent qu’en minorité et qui, en définitive, disent que les résidus sont extrêmement bien contrôlés.

Pour ceux qui travaillent chaque jour dans leurs champs en respectant la réglementation la plus contraignante du monde, concurrencés par les importations d’origines moins exigeantes, et soumis depuis longtemps à la suspicion publique, franchement, c’est triste et irrespectueux.

Pourquoi faire cavalier seul ?

Il aurait été possible de préciser les résultats pour donner une information plus utile au consommateur soucieux d’éviter les résidus. Par exemple, en indiquant pour chaque espèce le taux d’importation, les principales origines concernées et les grandes différences d’usages des phytosanitaires selon celles-ci. Les données existent.

Interrogé sur une collaboration avec les professionnels pour consolider les résultats, François Veillerette répond : « Nous avons travaillé seuls, nous en sommes restés aux données publiques pour construire ce rapport. Mais nous ne sommes pas allergiques au dialogue, cela serait intéressant d’affiner. »

Les professionnels et leurs organisations n’avaient pas eu accès aux résultats du rapport avant la présentation à la presse par l’ONG. Ils ont rapidement transmis leurs réactions, par communiqués ou sur les réseaux sociaux. Ils insistent sur la solidité du cadre réglementaire et de surveillance européen des résidus de pesticides, et sur le très faible taux d’échantillons non conforme. Ils soulignent l’effet délétère d’une telle communication sur la consommation française de F&L. On ressent l’exaspération des producteurs à devoir encore justifier de leurs pratiques.

Au final, les F&L français et leur très sérieux dispositif de surveillance auront été instrumentalisés pour relancer la communication de l’ONG. Il n’aurait pas été difficile d’apporter quelques informations supplémentaires pour aider au discernement du consommateur et pour soutenir les efforts de toute une filière tournée vers la diminution d’utilisation des pesticides. Le dialogue serait tellement plus constructif.

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