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Regard d’expert commerce international : l’Algérie

Regard d'expert commerce international — Par le 8 décembre 2016 8 h 51 min

Marché de négoce en Algérie © Photo Xdr

Avec une facture alimentaire extérieure de 12 Mds d’US$, l’Algérie reste lourdement tributaire des importations, significativement en produits de base. Les achats de fruits, légumes, pommes de terre et légumineuses s’élèvent à près d’1 Md US$ par an.

En grande partie désertique, les potentialités agricoles de l’Algérie sont concentrées dans le Nord du pays. Seuls 20 % de la superficie du pays sont à vocation agricole, soit environ 40 Mha, dont seulement 8,5 Mha de surfaces cultivées (dont 13 % irriguées, soit 1,1 Mha). Le dernier recensement général agricole a confirmé la prédominance des petites exploitations de moins de 5 ha (62 % du nombre des exploitations / 13 % de la SAU). à l’inverse, les 2 % de grandes exploitations occupent 24 % de la SAU.
Par ailleurs, un tiers de la SAU totale algérienne (soit environ 8 Mha) est propriété de l’Etat (l’exploitation devant se faire sous le régime exclusif de la concession d’une durée de 40 ans, hypothécable et renouvelable / loi promulguée le 15 août 2010). Plus de 54 % des exploitations agricoles ne possèdent pas de droit de propriété. Outre ce caractère informel de la tenure du foncier, la production algérienne souffre d’un manque de moyens techniques : l’irrigation reste insuffisante, et la productivité est faible en raison notamment d’équipements insuffisants et du manque de semences et de plants de qualité.
Au début des années 2000, la priorisation donnée par les pouvoirs publics au développement industriel du pays (avec concessions massives des terres collectivisées au détriment de l’agriculture), conjuguée à une forte croissance démographique, a favorisé et augmenté la dépendance alimentaire de l’Algérie. Actuellement, les déséquilibres budgétaires liés directement à la faiblesse des prix des hydrocarbures (principales ressources financières du pays) pourraient être sensiblement amplifiés par la politique de subvention aux prix (fixation du prix des céréales, farine, lait, sucre et huile) pratiquée par les pouvoirs publics, en faisant porter un risque encore plus conséquent sur les finances publiques en cas d’augmentation des prix sur les marchés internationaux, et/ou de dépréciation monétaire.

Une production de F&L en progression, mais toujours insuffisante.
D’essence traditionnelle, la production algérienne repose toujours sur un très large socle de petites exploitations, même si des fermes pilotes de l’Etat ont été « offertes » à des investisseurs algériens (agriculteurs, groupes agroalimentaires, industriels ou financiers) pour constituer aujourd’hui les modèles (vitrines-types) de la grande exploitation.
Grâce aux aides du PNDA (programme national de développement agricole), la production de légumes a triplé en 15 ans (passant de 3,3 Mt en 2000 à 10,4 Mt en 2015, selon le Minagri algérien). Les espèces phares sont : les pommes de terre (2015 : 4,2 Mt), les melons/pastèques (1,5 Mt), les oignons 1,2 Mt, les tomates (0,8 Mt)…

Les programmes successifs de développement ne parviennent pas à combler la dépendance alimentaire de l’Algérie. La sous-infrastructuration, l’insuffisance de mécanisation et d’irrigation de l’agriculture, la faiblesse d’organisation et d’équipement des filières AA, l’absence de politique de mise en marché… grèvent toujours le rattrapage annoncé.


Dans le secteur fruitier, où le verger était insuffisant et vieillissant, l’entrée en production des plantations effectuées au cours des années 2000 (et l’amélioration des rendements) expliquent le doublement de la production sur la même période (de 1,5 Mt à 3,7 Mt). Les principales espèces sont les agrumes (2015 : 1,1 Mt),  les dattes (0,8 Mt), les raisins de table (0,5 Mt), les fruits à pépins (pommes : 0,4 Mt, poires 0,2 Mt), et les fruits à noyau (abricots : 0,3 Mt, pêches : 0,2 Mt)… Les F&L sont produits essentiellement dans les plaines littorales du nord du pays, mais des productions maraîchères se développent également plus au sud : régions de Beskra, Wargla, El-Oued, Adrar… (notamment la tomate-industrie destinée à la fabrication de double-concentré (850 000 t de tomates, pour un objectif de 120 000 t de concentré, avec des rendements de 46t/ha de tomates actuellement).

Ajustement de l’offre par des importations en hausse
Malgré les améliorations quantitatives de production, la forte poussée démographique (+ 1 M d’habitants/an) et les réorientations vers une diversité qualitative accrue de la demande impriment une tendance haussière régulière aux importations de F&L frais.
Les bananes (300 000 t) et les pommes (130 000 t) constituent les principaux fruits importés. On soulignera par ailleurs une diversification continuelle des achats extérieurs de fruits, au profit d’autres espèces (kiwis, raisins, prunes, pêches, agrumes, fruits secs et à coque), avec des intervenants en forte progression tels l’Italie et l’Espagne.
En légumes, les importations sont régulièrement en hausse, en particulier en plants de pommes de terre (des Pays-Bas : 75 %, du Danemark : 12 %, de France : 8 %), et en légumes secs & légumineuses (en provenance du Canada, d’Inde, d’Argentine, du Mexique).

Ambition exportatrice
Cet objectif visé par le PNDA reste pour le moment en retrait. Pour pouvoir exporter, l’Algérie devra produire davantage et aurait besoin d’une mise à niveau en termes de normes et de structures (ce que recommande l’organisme algérien de promotion des exportations ALGEX). Les ventes extérieures concernent pour le moment les oignons (vers Italie et Tunisie) et les truffes du désert (Proche-Orient). Potentiellement, l’Algérie pourrait développer ses exportations de pommes de terre, et de tomates (à la condition que soient respectées les contraintes de la normalisation internationale).
En fruits, la datte (dont la production est évaluée à 800 000 t, avec des exportations de seulement 30 000 t) est destinée presqu’exclusivement à la France (à 98 %), mais trouverait preneur aussi (et très largement) en Tunisie (par « évasion frontalière »).

Systèmes de vente
Des circuits de commercialisation archaïques, dominés par l’informel.
Ce ne sont pas les 7 hypermarchés fonctionnant actuellement en Algérie et les quelques chaînes de petites surfaces de proximité qui vont infirmer le qualificatif d’informel des systèmes de ventes de F&L frais. Actuellement, les 2/3 de la production locale sont écoulés dans ces circuits, qui sont longs, faisant intervenir de nombreux intermédiaires qui cherchent plus à spéculer qu’à proposer un produit adapté à la demande. Concernant les produits étrangers, quelques importateurs plus significatifs (dans la kyrielle des opérateurs inscrits au RC) redistribuent aux différents grossistes ou commissionnaires sur les marchés ou revendent à des collectivités. Hors de ces sociétés, beaucoup sont des importateurs opportunistes, qui changent régulièrement de nom pour des raisons fiscales… Il est prudent de s’entourer de garanties irrévocables.

Filière agricoles
La France propose un dispositif exceptionnel d’assurance crédit court-terme
Le 14 Novembre dernier, les Ministères de l’Agriculture et de l’Economie ont mis en place avec la COFACE (Direction des garanties publiques) un dispositif dédié aux filières agricoles pour les soutenir dans les exportations vers des pays à risques dits non-cessibles que les assureurs privés ne couvrent pas. L’ensemble des entreprises françaises exportant des produits des filières agricoles françaises sont éligibles. Dans un premier temps, les pays couverts par ce dispositif sont l’Algérie, le Liban et l’Egypte, sur une durée de couverture maximum de 18 mois, quel que soit le montant garanti (pas de seuil minimum), avec une quotité garantie de 90 %.

algerie
Algérie
Superficie : 2 381 740 km²
Population : 40,4 millions habitants
PIB 2015 : 167 Mds US$
PIB HH (hors Hydrocarbures) :135 Mds US$
Taux de croissance : +3,9 % (3,4 % prév.2016)
PIB/Hab. 2015 : 4 182 US$
Part de l’Agriculture dans le PIB : 9,3 %
Monnaie : Dinar algérien (DZD)
Taux d’inflation actuel : +4,8 %
Taux de chômage : 11,3 % (29,9 % chez les 16-24 ans)
Importations totales en 2015 : 51,5 Mds US$ (-12,1 %, vs 2014)
Exportations totales en 2015 : 37,8 Mds US$ (-39,9 %, vs 2014)
Importations agroalimentaires en 2014 : 7,845 Mds €
Exportations agroalimentaires en 2014 : 0,248 Md €

Le mois prochain : Point USA

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