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57ème Congrès Légumes de France : promesse à demi tenue

à la une, Evénement, Organisation — Par le 13 novembre 2013 7 h 00 min

Jacques Rouchaussé, avec le fameux "bonnet rouge", symbole de la lutte des bretons contre l'écotaxe.

Si l’affiche de ce congrès parisien était : « Vendre autrement pour produire autrement », seule la première partie de la proposition aura été traitée. Dommage.

Outre l’assemblée générale statutaire et l’échange très politique entre le président de Légumes de France et le représentant du Ministre de l’Agriculture, le congrès 2013 s’est articulé autour de deux longues tables-rondes qui avaient vocation à prendre le temps de traiter du thème annoncé. Intitulée « produire autrement, chiche ! », la première table ronde n’a pas vraiment traité le sujet et s’est enlisée dans une controverse économique marqué par les interventions très contestées d’Hervé Guyomard, économiste, directeur scientifique à l’INRA. Ses propos en faveur de la concentration de l’offre à l’amont n’ont pas vraiment fait l’unanimité dans la salle, c’est le moins que l’on puisse dire. Il aura donc manqué à ce débat une vraie vision sur un avenir, un produire autrement les légumes dans nos belles campagnes de France… ou ailleurs, comme l’ont suggéré quelques témoins d’origine hollandaise un peu consternés par une ambiance un peu pessimiste dans une salle trop clairsemée : « si vous être trop handicapés par vos coûts de main d’œuvre, soit vous émigrez dans des pays plus favorables, soit vous investissez en R&D pour automatiser et réduire les temps de travaux ! » Le message était astucieux et un peu provocateur, mais il n’a pas été saisi au bond, dommage : il s’agissait bien de produire autrement ! Parmi les temps forts du congrès, il y a eu aussi l’intervention du président de la FNSEA, Xavier Beulin, qui a abordé tous les grands sujets agricoles du moment. Revenant sur le coût du travail en France, il a notamment souligné que les coopératives ne bénéficieraient pas du CICE, alors que dans le même temps, la grande distribution française y trouverait une restitution de l’ordre de 3 milliards d’euros : pas de « choc de compétitivité » pour la coopération !

Si vous être trop handicapés par vos coûts de main d’œuvre, soit vous émigrez dans des pays plus favorables, soit vous investissez en R&D pour automatiser et réduire les temps de travaux !


Bruno Lebon, directeur des produits frais de Carrefour France a eu par la suite l’occasion de rebondir sur cette information pour annoncer que son groupe comptait profiter de cette manne pour réinvestir dans la présence d’hommes formés dans les rayons produits frais, ce dont on ne peut que se réjouir. Il a également insisté sur le changement assez radical de stratégie de Carrefour avec le renoncement à la priorité du prix dans la communication clients pour adopter un positionnement beaucoup plus qualitatif, porteur aussi d’un message de proximité de l’origine du produit. Vers l’amont, il s’est voulu très à l’écoute des problématiques de prix de revient et ouvert à des démarches de contractualisation sur des saisons à des niveaux de prix supérieurs aux prix de revient.

M. Digel, président de l'Interprofession des F&L d'Alsace qui s'oppose à l'écotaxe, à l'instar des Bretons.

Quitte à renoncer au yoyo des prix en rayon et à rester flegmatique face aux arguments prix des concurrent : on est bien ici dans une perspective de « vendre autrement ». Les fournisseurs sont évidemment preneurs et ils ont su le dire à Bruno Lebon ! De cette deuxième table-ronde nous retenons également les propos du directeur du Cervia, Jérôme Kohn, évoquant la dynamique qui tend à se mettre en place autour des produits agricoles et agroalimentaires d’Ile de France avec des partenaires très motivés comme le groupe Pomona. Enfin, le président Jacques Rouchaussé s’est livré au rituel cahier de doléances de Légumes de France envers le politique. Mais le Ministre de l’Agriculture, peu inspiré lors du congrès 2012 à Dunkerque, était carrément absent et avait délégué ses compétences à Julien Turenne, sous-directeur des Produits et Marchés. L’exercice a du coup perdu un peu de piquant… J. Rouchaussé a déploré la baisse des moyens dévolus à la R&D et notamment, le plafonnement à 17 M€ du produit de la taxe fiscale affectée au Ctifl et payée par la filière : Bercy confisque ainsi 1 M€ à la filière en 2013… J. Rouchaussé s’est aussi inquiété de voir, dans le cadre de la loi d’Avenir en projet, l’ANSES devenir juge et partie dans les procédures d’homologation des pesticides. Il a aussi regretté la faiblesse du dispositif du CICE dans le rattrapage de compétitivité de la production française. Arborant le bonnet rouge des révoltés bretons, il a appelé à une dispense définitive de l’écotaxe pour les fruits et légumes et produits horticoles. Du discours de Julien Turenne, nous retenons surtout cette information sur la réforme de l’OCM fruits et légumes suite à celle de la PAC. Ce travail sera dévolu à la prochaine Commission européenne qui se mettra en place au deuxième semestre 2014, ce qui veut dire que le secteur peut envisager d’avoir une nouvelle OCM en 2016…

 

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